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Les Gastlosen

Série de peintures des Gastlosen présentée à l'exposition MONUMENTS DE PIERRE au Musée de Charmey en 2024.

Peindre pour les gens d’ici, les échos du musée, réd: Pauline Goetschmann PG
Entretien avec Janet et Bernard Bailly J+B

PG : Comment le projet d’une exposition sur les monuments de pierre est-il né ?

J+B : Nous aimons travailler par thèmes, par lieux et par périodes historiques, ce qui implique un minutieux travail de repérage précédant les premiers coups de pinceau.
Préalablement à « Monuments de pierre », nos randonnées artistiques ont débouché sur des réalisations concrètes pour plusieurs expositions : les rives du lac de Morat au Musée de Morat en 2013 – et un projet sur le site palafittique préhistorique de Grengspitz avec Josiane Guilland verra le jour en 2025 –, la Jogne au Musée de Charmey en 2014, la Sarine, de sa source au col du Sanetsch, à sa jonction avec l’Aar, au Musée d’art et d’histoire de Fribourg en 2023.

Ces dernières années, c’est le thème de la montagne en Gruyère qui nous a animés. Nous avons cherché les points de vue des peintres célèbres comme Hodler, Amiet, Beaud-Bovy et Menn dans la Gruyère et le Pays-d’Enhaut.

À la fois aspirés vers les abîmes et vers les sommets, nous sommes attirés et fascinés par les gorges et les montagnes. Le relief, formé en complexités architecturales monumentales et majestueuses, se donne comme métaphore d’une élévation spirituelle. C’est un sentiment comparable à celui que l’on ressent au contact des tours, des piliers, des pilastres, des pinacles et des dentelles de pierre des cathédrales gothiques, mais aussi des mégalithes et des cercles de pierre. La montagne est un lieu de révélation et de célébration qui nous rend modestes et humbles.

Nous n’avons pas de message environnemental à délivrer, nous peignons simplement pour dire la beauté du monde.

PG : Quel regard portez-vous sur le patrimoine paysager de la région ?

J+B : En tant que membres de la Guilde suisse des peintres de la montagne, nous admirons l’école suisse du paysage et souhaitons porter un regard attentif sur les artistes du patrimoine paysager de la région.
Notre intérêt pour ce patrimoine s’est, en premier lieu, porté sur les séjours de Ferdinand Hodler en Gruyère, au Gros et Petit Plané en 1885, puis à la Tine en 1907.
Peindre ici pour les gens d’ici ; c’est une devise qui nous parle. Nous avons à cœur de mettre en valeur les paysages de la région, tout en proposant un art qui tend à l’universel.

PG : Peinture et randonnée sont-elles liées dans votre démarche artistique ?

J+B : La randonnée en montagne n’est pas un but en soi. Il n’y a ni sommet à atteindre ni itinéraire à suivre. L’exploit physique, s’il y en a un, se limite à porter notre matériel pour des séances de peinture en plein air : chevalets, toiles, tubes de peinture acrylique, pique-nique et habits.

Pour paraphraser Sylvain Tesson : face aux montagnes, sur « nos chemins noirs », nous contemplons la beauté des sites, la grandeur des falaises, la rugosité des roches et là, en altitude, nous construisons nos peintures.

PG : Le paysage est au cœur de votre démarche picturale depuis de nombreuses années. Qu’est-ce qui vous a conduit à l’exploration de ce sujet ? Et comment l’appréhendez-vous respectivement ?

Bernard Bailly : À mon arrivée à l’École des beaux-arts de Genève, j’ai été troublé par le flot déstabilisant des avant-gardes des années 70. Après ma courte collaboration avec le mouvement Fluxus-Genève et mes attaches avec l’art brut, j’ai enseigné les arts visuels à Genève une dizaine d’années et ensuite à Fribourg, au Collège Saint-Michel, durant plus de trente ans. J’ai rencontré Janet en 2007. Cette rencontre m’a permis de m’ouvrir au paysage figuratif. À ce moment-là, je suis entré en résistance et me suis engagé pour la conservation et la protection d’une tradition : la peinture suisse de paysage.

Janet Bailly : Pendant de longues années, je ne disposais pas du temps nécessaire pour m’épanouir dans mon art. Ma rencontre avec Bernard a amorcé un tournant. Je me suis alors lancée dans la peinture de paysage en acrylique sur toile, en plein air et en atelier. Avec la retraite, je peux désormais m’y consacrer plus sérieusement. J’essaie chaque fois de saisir avec force et beauté l’atmosphère du paysage, de capturer les changements de lumière et les émotions ressenties face à la roche, la terre et l’eau.
Nous sommes solidaires dans les choix thématiques et dans les sujets, cependant nos styles diffèrent par la touche, la composition, le cadrage et la gamme chromatique. Nos visions se complètent et le public pourra s’amuser à comparer les styles. Les tableaux de Bernard soulignent le côté grandiose et sublime de la nature, tandis que je suis plus sensible à l’ambiance qui règne dans le paysage, souvent serein, majestueux, avec des harmonies de couleurs plus retenues. Si Bernard est plus influencé par l’histoire de l’art du paysage, je m’imprègne plus du lieu. Mais je regarde également vers le passé, car les Gastlosen ont été arpentés jadis par l’Homme dès le mésolithique... Pour cette exposition, les montagnes que je dépeins évoquent les cathédrales et les châteaux, usés par le temps et l’érosion, comme des monuments de pierre.
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